Rénover le Cirque d’Hiver, c’est un peu partir à la chasse au trésor !

Directeur de la Communication du Cirque d’Hiver, passionné par l’Histoire tout court et celle des arts circassiens, Louis-Sampion Bouglione veille sur le musée privé Bouglione. Désormais, il suit de près les travaux de restauration confiés à Stéphane Millet. Un chantier phénoménal et inédit, soutenu par la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) et la Région Île-de-France, pour redonner au plus beau cirque du monde son faste et sa splendeur d’antan. 

Quelle est la genèse de ce projet ?

Cela fait 8 ans que, régulièrement, nous préparons le changement des assises. Lors de nos consultations, a été évoquée l’idée de prendre conseil auprès d’un architecte si une rénovation du Cirque d’Hiver était envisagée. Le nom de Stéphane Millet nous est soumis. Ses états de service mentionnés, notamment pour le Théâtre Marigny, L’Opéra Garnier… Ce monsieur est une « pointure » ; j’ai appris par la suite qu’il a été Prix de Rome. Il a tout de suite compris l’ambiance du lieu. Cela lui tenait à cœur de préserver tout ce qui est historique. Nous l’avons rencontré avec Thierry (président de la société SES des Frères Bouglione) et Odette (DG) et cela a tout de suite matché entre nous !

Et de fil en aiguille, il n’a plus été uniquement question de fauteuils…

C’est vrai mais c’était notre priorité. Le premier retour que nous font certains spectateurs concerne l’assise inconfortable. Nous devions faire un effort pour mieux accueillir notre public ! Avec, entre autres, la création de places pour les PMR. Nous conserverons la même capacité mais avec un agencement différent. La réfection des fauteuils prendra deux ans.

Le Cirque d’Hiver fait donc peau neuve ! Quelle partie de la bâtisse est concernée ?

Tout, du sol au plafond ! Il s’agit d’une rénovation complète qui va s’étaler sur quatre années. Chaque art était  son zénith et nous allons recréer l’intérieur tel qu’il était au XIXe siècle. Après les sièges, les loges, nous allons nous attaquer au plancher qui va évoluer dans le but d’améliorer la visibilité. Ensuite, ce sera au tour des vitraux… Tout va y passer !

Stéphane Millet est un partenaire très investi !

Oui, quand il a vu l’ampleur de la tâche et les possibilités qui s’offraient à nous, il a activé ses contacts à la DRAC qui, de son côté, a entrepris des recherches approfondies. Et Belén, notre stagiaire documentaliste, a été d’une efficacité précieuse pour éplucher les archives et la presse étrangères et rassembler des données historiques pour retracer la vie du Cirque d’Hiver depuis sa construction, en 1852, par l’architecte Jacques Hittorff.

Vous semblez excité, mais ému aussi…

C’est comme une chasse au trésor parce qu’on ne sait pas ce qu’on va trouver. Aussi incroyable que cela paraisse, des fresques, masquées dans les années cinquante par des panneaux, ont été retrouvées à la faveur de cette rénovation. Dans mon souvenir d’enfant, j’avais même l’impression que ces panneaux scintillaient ! Je revois une tête de clown, un éléphant… Je trouvais ça beau mais ils cachaient de véritables œuvres d’art. Étonnamment, ces fresques n’ont jamais fait l’objet d’articles. L’ancien directeur n’a jamais mentionné leur existence, alors que, dans son programme, il avait mis à l’honneur les fresques extérieures… On devine vaguement des pans de ces peintures sur des clichés mais elles ont dû être endommagées par l’humidité et noircies par la fumée des lampes à huile, des cigares…

Décrivez-nous de ces fresques !

Il y en a eu 20 de 5 m x 1,80 m. Elles représentaient des scènes équestres à travers les âges. Cela va des Grecs, des Romains, aux hussards de Napoléon en passant par Louis XIV. À cette époque, le cheval occupait une place prépondérante dans l’univers circassien. Deux peintres majeurs ont signé ces toiles. Nicolas-Louis Grosse (Prix de Rome, lui aussi) et Félix-Joseph Barrias. Deux d’entre elles représentent des personnages contemporains de l’époque, l’artiste circassien Franconi, le clown Oriol…

Vous allez faire appel à de nombreux corps de métiers !

Oui, nos partenaires et mécènes exigent d’avoir des professionnels habilités. Les meilleurs restaurateurs, chacun dans son domaine de compétence, sont sélectionnés. Rien que pour démonter les panneaux, nous avons eu affaire à une équipe spécialisée. Nous sommes heureux de travailler avec l’Atelier ARCOA, dont les références sont prestigieuses (le Palais des Papes, à Avignon, Notre-Dame et le Sénat, à Paris, le Château de Versailles…)

Cette découverte suscite l’effervescence et pas qu’en France !

Elle représente un héritage culturel incroyable. Parce qu’il n’y en a dans aucun cirque, à ma connaissance. C’est le genre d’œuvres que l’on peut admirer dans des châteaux, des églises, des musées ou des opéras. Les trouver dans un cirque, c’est assez inédit. Et cela remet l’Art du cirque en lumière. Le premier chapitre de cette restauration vient de s’ouvrir…

*La direction régionale des affaires culturelles