L’édito de Francesco Bouglione

Les retrouvailles ? Elles sont notre moteur, notre raison d’être. Elles nous réjouissent et nous réunissent chaque saison à la faveur d’un nouveau spectacle. De nouvelles émotions en partage et, toujours, petits et grands rassemblés pour admirer nos meilleurs numéros, nos artistes les plus performants. Nous serons là, dans le respect des règles sanitaires, bien sûr. Fidèles à ce rendez-vous d’amour que vous honorez depuis plus de vingt ans.

Nous n’avons pas de botte secrète si ce n’est que nous aimons ce que nous faisons et que nous faisons ce que nous aimons. Et, par bonheur, vous aimez ce que nous faisons. Quel privilège ! Nous sommes si bien entourés et soutenus par nos familles, artistes et personnels, que nous formons un bloc solide. Nous savons que nous pouvons compter les uns sur les autres. Depuis toujours. Des mauvais jours, nous en avons connu et nous les avons vaincus ; cela me rappelle un peu l’année 1998 quand nous avons, nous, la jeune génération, repris au Cirque d’Hiver Bouglione les spectacles de cirque après une parenthèse de… 30 ans. N’est-ce pas le propre des acrobates que de retomber sur leurs pieds ? Des mauvais jours, nous en avons connu et nous les avons vaincus. Nous vivons une période inédite ; cela me rappelle un peu l’année 1998 quand nous avons, nous, la jeune génération, repris au Cirque d’Hiver Bouglione les spectacles de cirque après une parenthèse de… 30 ans. J’ai tout appris de mon père et je sais que de là-haut, il nous adresse ce message : “Allez les enfants, foncez ! Ne baissez pas les bras, ce n’est pas le genre de la maison !” Les épreuves sont faites pour être surmontées et la famille Bouglione est un peu comme le roseau de La Fontaine : elle plie mais ne rompt pas…

Pour paraphraser Hemingway, j’aimerais clamer haut et fort que Paris est une fête. Et cette fête Dingue que nous vous avons concoctée, rien ni personne ne pourra nous la gâcher !

Francesco Bouglione

Juliano vous
souhaite
la bienvenue !

Je m’appelle Juliano. J’ai 10 ans. Vous me connaissez si vous êtes un habitué du Cirque d’Hiver. Depuis tout petit, je viens saluer le public pour le final dans mon beau costume à brandebourgs rouge et bleu. D’ailleurs, cette année, on va inverser les couleurs et, du coup, j’aurai un nouvel habit. Je suis aussi Fratoche. Vous savez, les Fratoches, ce sont les garçons qui surveillent au bord de la piste pendant les numéros. Parce qu’ici il peut se passer n’importe quoi ! Alors, nous, on est là si le matériel ne marche pas, s’il faut ramasser quelque chose sur la piste, si un jongleur laisse tomber un truc… Une fois, j’ai failli prendre un mât sur la tête. C’est mon cousin Valentino qui m’a sauvé ! Ça prouve qu’il faut faire ce travail sérieusement, même si je suis le plus jeune. Bon, faut pas le dire à mon père, directeur artistique du spectacle, mais des fois, quand je suis avec les Fratoches, je ne peux pas m’empêcher de regarder là-haut en direction des musiciens et surtout du batteur… J’aime trop ça la batterie ! Je rêve de m’installer dans l’orchestre, un jour, pour jouer avec eux. J’hésite encore entre deux métiers : faire batteur ou footballeur car j’adore le foot aussi. Alors, peut-être que je serai batteur-footballeur ? Si ça se trouve, je ferai un numéro sur la piste ! On verra, j’ai encore le temps…

Ça vous dirait que je vous présente les artistes ? Moi, j’en connais déjà beaucoup. C’est bien d’être dans un cirque parce qu’on se fait des potes surtout s’ils ont des enfants. Et puis, ce qui est bien, c’est qu’on apprend plein de langues. Moi, je sais déjà quelques mots de russe. Les artistes, cette année, viennent d’Allemagne, comme Adèle Fame, qui a un numéro de sangles aériennes super, d’Espagne, comme Sergi Buka, qui fait des ombres chinoises dingues ou de France, comme François Borie, qui jongle super bien. Ça fait partie de mesnuméros préférés… Il y a aussi le clown Totti. Lui, je le connais, il est super sympa. Sergi Buka, qui fait des ombres chinoises dingues, vient d’Espagne comme Totti. François Borie, c’est un Français qui jongle super bien. Ça fait partie de mes numéros préférés… J’aime bien quand mon père me dit à l’avance ce qu’il y aura comme numéros. Et cette année, le spectacle, il va être complètement Dingue !


Les numéros

Zorè Espaňa

Roue Cyr

Comme son nom de piste ne l’indique pas, Zorè Espaňa est originaire de Bulgarie. C’est Dingue ce que cette roue géante – appelée roue Cyr – peut inspirer cette artiste qui travaille tout en poésie. Zore joue avec ce cerceau géant (2 m de diamètre), le met en rotation pour s’y glisser et s’en extraire avec une grâce infinie. Elle réalise des figures harmonieuses qui procurent la même émotion qu’un ballet. Zora et sa roue ne font qu’un. Une acrobate doublée d’une danseuse de haut vol !

Duo Medini

Skating

Comme dans la chanson de Julien Clerc, ils patinaient… patinaient, sur une jambe, ils patinaient…, Asia et Dylan, frère et sœur dans la vie, nous entraînent dans un tourbillon de figures complètement Dingues. Ces artistes italiens excellent dans ce numéro virevoltant avec, en point d’orgue, une spirale endiablée où Asia, sanglée à son partenaire, tournoie à une allure vertigineuse autour de lui telle une toupie. Ils sont inimitables et il ne faut surtout pas les imiter ! Amateurs de patins à roulettes, rollers ou autres skateboards -même chevronnés-, s’abstenir ! 

Géraldine Philadelphia

Hula Hoop

Cette discipline, c’est la grâce incarnée mais pas que ! Il faut avoir une dextérité et un sens du rythme effréné si l’on veut faire un effet Dingue sur le public. C’est exactement le cas de Géraldine, dont le père, Patrick, a été directeur de la performance dans un grand cirque, et sa maman, Eliza, plusieurs fois championne de gymnastique. C’est elle qui a formé sa fille au fil de répétitions quotidiennes.

Totti

Clown

On ne présente plus Totti ! C’est Dingue ce que cet artiste sait faire sur une piste : tour à tour clown de reprise, amuseur, poète, comédien, musicien… Totti représente la 5e génération des Alexis, famille célèbre de clowns d’Espagne. Un enfant du rire, en quelque sorte ! Il a adopté Totti pour nom de piste, celui avec lequel son grand-père a débuté dans sa jeunesse. Et ça lui a porté bonheur.

Les Caveagna

Mains à mains

Issus d’une grande famille d’artistes de cirque Italienne, Andrea et Davide ont été formés à l’Académie du Cirque de Vérone en Italie. La piste du Cirque Bouglione est, non seulement un tremplin pour ces frères, mais un écrin prestigieux ! Avec leur numéro de main à main, ils nous offrent une osmose parfaite dans une des disciplines acrobatiques les plus anciennes. Maîtrise des gestes, synchronisation des corps à la perfection : un savoir-faire de Dingue !

Adèle Fame

Sangles aériennes

Née à Créteil, cette jeune femme polyglotte se produit dans tous les pays du monde. Pas étonnant que cette enfant de la balle soit une Dingue de cirque : “J’ai des connexions avec cet univers depuis toujours”. Elle a de qui tenir : sa mère trapéziste et son père Gilbert Weiser, technicien lumière au cirque. Adèle Fame a commencé sa carrière à seulement 4 ans quand ses parents l’ont initiée aux sangles aériennes et la jeune artiste a fait ses débuts sur la piste dès ses 6 ans.

Sergi Buka

Ombres chinoises

Cet artiste espagnol est bien plus qu’un illusionniste. Il suffit de le voir sur la piste, en frac et chapeau haut de forme, jugé sur une bicyclette avec sur le porte-bagage une lanterne qui pourrait bien être magique… Tout en pédalant, il nous entraîne dans un monde féerique et poétique grâce à son écran circulaire… On voit et on entend un loup qui hurle, un chien qui aboie, des chevaux qui caracolent tout en hennissant, des lapins mutins, des bons et des méchants, des Indiens, des oiseaux qui picorent ou se bécotent… Quand des bois de cerfs se découpent sur son écran portatif, on se rend compte que Sergi a un talent Dingue et que les ombres chinoises sont bel et bien un art à part entière. Pas étonnant qu’il ait décroché, entre autres, un Mandraque d’Or, oscar de la Magie.

Artem Lyubanevych et Antonio Vargas

Mât aérien

Un numéro incroyable de force, de puissance et tout en souplesse au pôle aérien, présenté en alternance par Artem Lyubanevych et Antonio Vargas pendant cette saison. Restez subjugués par tant de maîtrise pour ce numéro impressionnant, complètement Dingue!

François Borie

Jonglerie

Il a 6 minutes pour démontrer qu’il est l’un des jongleurs les plus rapides au monde. Et c’est largement suffisant ! Charismatique et hyper dynamique, il manie 7 massues à une vitesse Dingue et avec une technique d’exécution inégalable. Véritable show-man, ce Français semble avoir réinventé la discipline. Non content de manier les massues, il décide de s’emparer de couvre-chefs qu’il fait virevolter dans les airs. Chapeau à cet artiste que le monde entier plébiscite dans le spectacle Circus 1903.

Les Navas

La Roue de la Mort

Vous n’allez pas mettre longtemps à vous rendre compte que Rudy et Ray sont de vrais Dingues ! On se demande comment  ces deux frères, venus d’Équateur, peuvent sauter à la corde en l’air, tandis que leur roue tourne à plein régime, et retomber sur leurs pieds comme si de rien n’était. Ce numéro audacieux, pour ne pas dire dangereux, laissent les spectateurs sans voix et on sent les souffles coupés pendant l’exploit… jusqu’au tonnerre d’applaudissements une fois les artistes redescendus sur la piste ! Sensations fortes garanties sur fond de musique latino.

Michel Palmer

Monsieur Loyal !

Élégance, prestance, connaissances, omniprésence et discrétion… Monsieur Loyal, véritable fil rouge du spectacle, accomplit une mission de Dingue : le maître de maison est sur tous les fronts ! En coulisses, il encourage les artistes, veille à leur bien-être, les rassure. En piste, il les présente au public et grâce à des textes informatifs et parfaitement ciselés, accompagne les spectateurs dans ce voyage extraordinaire au pays de l’art circassien.

Pierre Nouveau

Le Grand Orchestre

Quand la musique est bonne… elle transcende tout ! Tel un écrin, elle met en valeur prouesses et performances et souligne sentiments et émotions… Il faut à Pierre Nouveau, à la baguette, et à ses 9 musiciennes et musiciens, un talent de Dingue pour illustrer musicalement les numéros et accompagner chaque artiste avec une palette infinie de tempos. L’orchestre, ne l’oublions pas, est la clef de voûte d’un spectacle circassien !

Regina Bouglione

Maxi-mini

On ne présente plus Regina, fille d’Émilien, patriarche du Cirque d’Hiver et écuyer d’excellence. Son père lui a transmis sa passion. Au fil des années et des numéros équestres, toujours renouvelés, elle a su instaurer une relation magique avec les chevaux. Cette complicité Dingue avec ses partenaires transforme la prestation de Regina en des moments privilégiés. Cette année, son numéro de maxi-mini, tout en tendresse, enchantera les cavaliers en herbe mais pas que…


Interviews

Je serai clown pour le reste de ma vie. Que ce soit sur scène ou pas

Totti

Sa femme Charlotte est clown comme lui. Leurs fils Charlie, 9 ans, et Maxim, 6 ans, semblent bien partis pour assurer la relève. Dans la famille de Totti, on est clown de père en fils depuis 5 générations. Transmission, tradition, vocation… Totti nous livre sa philosophie du métier.

Vous avez choisi pour nom de piste Totti, comme votre grand-père qui était clown !
Oui. Mon grand-père paternel s’appelait Tothi au début de sa carrière. J’ai pris ce nom spontanément lors d’une interview pour une radio espagnole. Comme si une voix intérieure me guidait. Mais j’ai opté pour Totti, dont l’orthographe est plus internationale. Mon père est aussi clown, et ma mère, ma femme et mes enfants appartiennent également à cette profession.

Que vous ont transmis votre grand-père, votre père ?
Le clown est soumis à la loi de l’évolution. Et si vous venez d’une famille de clowns comme moi, chaque nouvelle génération emporte dans ses bagages les connaissances de la précédente, mais il est important d’ajouter quelque chose qui vous est propre et de s’adapter aux circonstances actuelles. Ce n’est pas la technique qui compte le plus. Bien sûr, j’ai eu beaucoup de techniques clownesques dans mon parcours, mais les lois non écrites qui vous sont données sont bien plus importantes. Cela ne peut se décrire en quelques mots. C’est une sorte de boussole morale et artistique intérieure pour tirer le meilleur de soi. Vous obtenez une perspective différente des choses, vous voyez les détails dans l’apparence banale, vous apprenez à observer la vie et en tirez force et inspiration pour votre travail.

Vous ont-ils tous les deux encouragé à exercer le même métier ?
Je n’ai jamais été encouragé à marcher sur leurs traces. On m’a seulement demandé régulièrement si j’avais toujours envie de le faire. Si vous n’avez pas votre propre ambition dans ce métier, vous feriez mieux de faire autre chose ! Pour mes enfants, c’est pareil. Rien ne leur a jamais été imposé. Ils apparaissent sur scène parce qu’ils l’ont eux-mêmes demandé. Lorsque nous répétons de nouveaux sketchs avec ma femme et les garçons, j’essaie de prendre en compte le caractère et la personnalité de chacun. Il y a des gags que l’un de mes fils a faits, par exemple, et qu’il est impossible d’imposer à l’autre. C’est comme diriger un orchestre. Un solo pour clarinette ne va pas nécessairement avec le tuba.

La transmission dans votre famille est une notion importante ! C’est une tradition ?
Je suis la cinquième génération, mes fils Charlie et Maxim sont la sixième. Oui, la tradition compte pour moi mais la gérer correctement reste le plus important. Je ne voudrais pas pousser mes enfants s’ils n’aimaient pas ça. De la même manière, j’abandonnerais moi-même le métier si je m’apercevais que je n’en avais plus envie ou que je ne pouvais plus l’exercer.

Vos fils sont craquants sur scène dans leurs petits costumes de clown !
Charlie a 9 ans, Maxim 6 ans. Les deux réalisent déjà leurs propres performances. Ils ont été invités au Festival Circus Nikulin à Moscou, et aussi à de nombreux festivals européens. En France, ils étaient présents aux Festivals de Bayeux, Massy et de Domont où le Prix Dr. Alain Frère a été décerné. En 2019, ils étaient les stars du spectacle Let’s Rock au Pérou. Ils ont la comédie dans le sang, cela ne fait aucun doute. Et pour le moment, ils veulent continuer. Pourquoi exactement ? Je n’en sais rien et je ne veux pas le savoir. Parfois, il suffit d’accepter les belles choses…

Vous pensez qu’ils sont doués ?
Si ma femme et moi n’avions pas vu ce petit quelque chose en eux, nous ne les aurions pas laissé monter sur scène. C’est une question de respect du travail, du public, de leur costume et de leur matériel. Si vous participez à un spectacle, vous devez apporter tout cela avec vous et respirer le professionnalisme. Dès que le rideau se lève, tout le monde est pareil. Peu importe votre âge. Charlie et Maxim jouent le jeu. Alors oui, ils ont le talent mais surtout ils ont aussi la volonté.

Avec cette ambiance à la maison, impossible d’imaginer vos enfants opter pour un autre métier ?
Si, à un moment donné, ils veulent faire quelque chose de différent, je les soutiendrai aussi. L’essentiel est qu’ils soient heureux. Nous ne demandons à nos enfants que deux choses : faire les choses si le cœur leur en dit et les faire aussi bien que possible.

Que diriez-vous s’ils voulaient quitter le milieu du cirque plus tard ?
Je ne peux pas répondre à cela. Qui connaît le futur ?
En ce qui me concerne, je serai un clown pour le reste de ma vie. Que ce soit sur scène ou pas.

Le métier de clown semble très à part ; c’est le personnage que tout le monde aime. Quelles qualités humaines faut-il pour être un bon clown ?
J’ai réfléchi à cette question pendant de nombreuses années. Pour devenir un bon clown, vous devez avoir :
– La tête d’un vieux
– L’énergie d’un jeune
– Et l’âme d’un enfant

C’est quoi être clown ?
Ce n’est pas un métier, mais un mode de vie. Ma vision du monde ne changera jamais.
Et cette boussole intérieure sera toujours avec moi, quoi que je fasse !

Depuis l’âge de deux ans, je n’ai cessé de vivre avec et pour la danse

Cécile Chaduteau

Danseuse et chorégraphe de renom, Cécile Chaduteau exporte son talent et sa passion au-delà de nos frontières. Engagée par Joseph Bouglione, directeur artistique, elle propose une mise en mouvement novatrice à ce nouvel opus présenté au Cirque d’Hiver. Ça promet d’être totalement… Dingue !

Vous êtes une chorégraphe atypique. Issue du classique mais ouverte à toutes les formes de spectacle vivant…
Oui, la danse est ma passion première mais, très vite, j’ai été curieuse de l’art en général. L’ouverture aux autres cultures, je tiens ça de mes parents. En France, malheureusement, on cloisonne tout et je ne suis pas d’accord avec cette conception. On peut très bien performer dans un art en étant curieux des autres univers artistiques. D’ailleurs, au Conservatoire ou à l’Opéra de Paris, on s’ouvre aussi au moderne. Par la suite, j’ai ouvert un spectre encore plus large au tango argentin, au flamenco… Dans mon parcours, j’ai toujours eu pour objectif de mélanger les genres et de cultiver cette volonté d’apprendre !

Vous êtes riche de rencontres !
J’ai eu la chance de croiser des êtres extraordinaires, d’avoir de grands maîtres dans toutes les disciplines que j’ai pratiquées : Robert Hossein pour la comédie, Roland Petit, Rudolf Nourev, Mikhaïl Baryshnikov, Claude Bessy pour la danse…

La danse, c’est une vocation très précoce !
Oui, on peut le dire ! Ma mère accompagnait au piano des cours de danse et, très tôt, elle m’a emmenée avec elle. Dans les studios de danse, on m’a accrochée à la barre l’année de mes deux ans. Bien sûr, à cet âge il est trop tôt pour faire quelque exercice que ce soit, mais je n’ai cessé, depuis ce jour, de vivre avec et pour la danse.

Et le cirque ? Cet univers vous était familier ?
Petite, je suivais ma famille qui partait en vacances dans le sud et, sur la place du village, quand s’installait le cirque itinérant, j’échappais à la surveillance des parents. J’aimais me glisser sous le chapiteau pour entrer dans ce monde qui me fascinait tant !

Chorégraphier un spectacle de cirque n’est pas une première expérience !
Non, j’ai déjà travaillé sur trois spectacles circassiens et la piste à 360 ° ne m’est pas inconnue. Mais ici, la manière de travailler de Joseph Bouglione est exceptionnelle. Joseph est très charismatique. C’est le capitaine du bateau. Il sait. Il fourmille d’idées, mais surtout, il a conservé son regard d’enfant émerveillé. Il faut avoir cette étincelle pour la transmettre au public, c’est essentiel. Un spectacle de cirque est fondé sur l’imaginaire et on en a besoin !

Comment définiriez-vous votre métier ?
Chorégraphier, cela signifie se mettre au service d’une histoire pour embarquer tout le public dans une même aventure. La chorégraphie, c’est une grammaire, un vocabulaire. C’est mon moyen d’expression pour mettre en mouvement une histoire.

S’emparer du Cirque d’Hiver, ça fait quoi ?
C’est extraordinaire. La majeure partie de ma carrière s’est déroulée sur une scène plate et rectangulaire. Là, j’ai pour m’exprimer un formidable terrain de jeu, un espace de liberté fantastique. Je peux utiliser tous les moindres recoins. Le cirque est à lui seul un artiste, un personnage à part entière.
La chorégraphie à 360°, c’est extraordinaire. Cela permet d’avoir des interactions avec des personnages devant, derrière, sur les côtés…

Cette saison, des surprises attendent le public !
Oui. Le ballet ne sera pas exclusivement féminin ; nous avons 6 danseuses et 2 danseurs. Joseph sait que j’adore les duos, les pas de deux… Faire davantage participer les danseurs au spectacle en dehors de l’ouverture et du final des premières et deuxièmes parties du spectacle a été un choix.
Nous avons voulu utiliser tout le cirque et non pas uniquement la piste, je ne vous en dis pas plus…

Que ressentez-vous ?
C’est un honneur absolu ! Je suis émue car c’était mon défi à moi. J’aime le travail d’équipe. Je viens d’une famille nombreuse et j’adore ça. Je ne me permets pas de dire que je suis entrée dans cette famille merveilleuse, mais si je pouvais considérer que j’ai pu y mettre un orteil, déjà je serais fière. Et j’espère surtout qu’ils sont fiers de moi…

Chez Bouglione, il y a une exigence maximum

Éric Mula

Trompettiste, arrangeur, compositeur, Éric Mula connaît la musique ! Il faut dire qu’il a fait ses gammes très jeune. Compositeur-arrangeur pour le Cirque d’Hiver Bouglione depuis 20 ans, il a grandi avec La Piste aux Étoiles. Rencontre.

Vous avez débuté à l’âge où l’on est sur les bancs de l’école primaire !
Oui, j’ai commencé la trompette à 8 ans. A 11 ans, je suis entré au Conservatoire et l’année suivante, j’ai fait mes premières scènes dans des bals dans le sud de la France d’où je suis originaire.

Et, comme le chantait Aznavour, à 18 ans, vous avez quitté votre province !
Là, j’ai vraiment débuté ma carrière et au fil des rencontres, j’ai eu la chance de jouer avec les plus grands : Charles Trenet, Michel Jonasz, Maurane, Eddy Mitchell et Les vieilles Canailles… Mais je suis aussi très fier d’avoir accompagné musicalement l’émission culte des Nuls sur Canal +, Nulle Part Ailleurs, pendant 9 ans et d’avoir été le trompettiste sur la chanson La carioca dans leur film La cité de la peur. Et puis jouer en live avec Deep Purple à l’Olympia, c’était pas mal non plus !

Comment vous retrouvez-vous au Cirque d’Hiver ?
C’était en 1979. Je venais d’arriver à Paris. La rencontre avec la famille Bouglione, je la dois à Tony Bario, avec qui j’ai joué au sein d’un groupe de rhythm ‘n’ blues. Tony, le fils des célèbres clowns Les Bario, est devenu un ami. Il m’a dit que la jeune génération reprenait les spectacles et qu’elle cherchait un directeur musical… Aujourd’hui, cela fait 20 ans que je travaille avec Joseph. Les Bouglione sont d’une fidélité exemplaire.

Dans un spectacle de cirque, la musique, c’est essentiel !
Ah ! Oui. La musique est loin d’être un élément annexe. La musique de cirque ? C’est simple : il n’y a pas meilleure école ! Une fois qu’un musicien a réussi dans ce domaine, il peut tout faire. Il s’agit de passer d’un style à l’autre en temps réel et, croyez-moi, c’est complexe. De plus, chez les Bouglione, il y a une exigence maximum. Les gens, trop absorbés par les numéros qui s ‘enchaînent sous leurs yeux, ne se rendent pas compte. Ils ont tendance à oublier les musiciens. Pourtant, la musique est permanente, omniprésente et joue un rôle majeur : elle rythme chaque performance !

Qu’est-ce qui est particulièrement difficile ?
Chaque numéro, chaque artiste est unique. Les émotions, les rythmes sont propres à chaque numéro et il faut suivre. Le musicien doit s’adapter, passer d’une palette à l’autre et choisir l’instrument qui va correspondre le mieux à ce que le numéro dégage… Le son doit aller avec l’image, comme dans une musique de film. Et toutes les couleurs doivent s’accorder. Un peu comme dans un tableau.

Comment procédez-vous ?
Joseph Bouglione est lui-même musicien, il sait exactement ce qu’il veut. Et moi, je sais où il va. Tous les ans, à la mi-juin, Joseph me donne les musiques du nouveau spectacle, me procure les vidéos des numéros qu’il a engagés, me communique les timings, ses directives… Je dois écrire la musique et l’adapter pour que le puzzle fonctionne et contribuer ainsi à l’harmonie du spectacle. J’ai alors environ 2 mois et demi/3mois pour préparer les arrangements musicaux. Il faut aussi intégrer le fait que certains artistes nous fournissent leurs partitions.


Portraits

Juliano Bouglione

JB Junior, conscient de porter un nom magique

Les mêmes initiales. Le même amour du spectacle en général et de la musique en particulier. Des signes qui ne trompent pas ! Juliano, le fils de Soffia et de Jospeh Bouglione, possède une âme d’artiste depuis son plus jeune âge. Avec une maman danseuse et chanteuse et un papa directeur artistique du Cirque d’Hiver, pouvait-il en être autrement ? “Peut-être, confie sa maman, qui met un point d’honneur à lui montrer tout l’éventail de possibilités pour choisir un métier plus tard. Joseph et moi, nous nous répartissons les rôles : il fait de la transmission et moi je l’encourage à garder une ouverture d’esprit. Le but des parents, c’est de voir leur enfant heureux et épanoui. Mais, poursuit-elle, nous avons clairement observé que, dès ses 2/3 ans, notre petit garçon était littéralement fasciné par ce qui se passait sur la piste. Il a tout de suite accroché avec le rythme, le son”. Indéniablement, Juliano a des prédispositions. “Nous avions remarqué qu’il s’intéressait à tout ; si on l’avait écouté, il aurait voulu tout faire ! Nous nous battons pour que Juliano ne soit pas de toutes les représentations”.

Papa lui transmet ses connaissances, compétences et savoir-faire… Maman met parfois le holà pour son bien-être et son équilibre quand elle juge le petit fatigué. Juliano, lui, se sent légitime. Dans son élément. Il jongle entre les cours de claquettes, de théâtre, de musique, le sport sans jamais se lasser de regarder le spectacle en boucle pendant la saison. Soffia a repéré une constante et s’en amuse : “Quand son père fait un numéro en piste, ce n’est pas lui qu’il regarde. Quand je chante tout-là haut près des musiciens, ce n’est pas moi non plus qu’il observe. Juliano a les yeux rivés sur l’orchestre”. Il n’en démord pas. “Je suis musicien”, affirme le petit garçon quand on l’interroge sur ce qui l’attire. Un point, c’est tout. Le temps du solfège viendra. Pour l’instant, place au plaisir, à la découverte et à l’instinct !

Si Juliano n’a peur de rien, il se souvient toutefois d’avoir eu un trac fou aux cours de théâtre lorsqu’il a dû dire plusieurs monologues. “Une de ses plus belles victoires, assure Soffia. Il a un imaginaire sans limite et cela lui a permis de faire le distinguo entre le monde du spectacle et la réalité”. Juliano est un excellent communicant, un petit bonhomme joyeux et généreux qui ne demande qu’à partager. “Quand je suis allé avec papa à C à vous, ça s’est bien passé car j’avais eu des cours de théâtre avant. Sans ça, j’aurais été foutu !”, déclare-t-il, solennel.

Juliano Bouglione est conscient de porter un nom magique. Un nom qui lui offre toutes les opportunités de cultiver son goût du spectacle, de s’éclater en vivant des expériences inédites : tourner dans un clip de Christophe Maé ou encore improviser un solo de danse sur la piste du Cirque D’hiver pendant le concert du chanteur M. Prestation qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux et qui lui a valu d’être invité à Taratata ! Mais la grosse tête, ça n’existe pas chez les Bouglione. “Forcément, je suis fier, mais faut pas trop que je me la joue, sourit-il en haussant les épaules. Et puis, je suis fier des autres artistes. Et de leurs coachs et entraîneurs aussi car, au cirque, les applaudissements récompensent tout le monde”. Bon sang ne saurait mentir.

Alessandro Bouglione

“Le Cirque d’Hiver, ce n’est pas n’importe quoi ! Je veux mériter ma place

Dans la famille Bouglione, on demande… Alessandro, 16 ans, fils d’Odette Bouglione. Rencontre avec un jeune homme motivé, généreux, d’une maturité hors norme, et bien déterminé à consacrer sa vie professionnelle au Cirque d’Hiver. Pour être à la hauteur de ses prestigieux ancêtres…

Alessandro est un jeune homme bien dans ses baskets ! Inutile d’essayer de lui faire dire que la tradition des gens de cirque peut parfois influencer la jeune génération. “Que veulent les parents ? Le bonheur de leurs enfants ! Eh bien, moi, je suis heureux. Mes choix, je les assume et mes parents ne m’ont jamais imposé quoi que ce soit. Bien sûr, quand un enfant est le descendant d’une grande lignée de gens de cirque, il rêve de faire un numéro sur la piste !”. Ça, c’est fait ! Alessandro a déjà présenté un numéro d’acrobatie, puis un autre, de magie, avec ses cousins. “Comme ça, je ne pourrai pas dire que je n’ai pas connu cette expérience”. Aujourd’hui et ce depuis quelques années, il est Fratoche et fier de l’être. “En nous voyant au bord de la piste dans notre beau costume, les spectateurs peuvent penser que c’est un petit job d’étudiant. Eh non, il faut être vigilant, sans cesse attentif à la technique, à la lumière, à la musique… N’oublions pas que le spectacle se déroule en direct avec tout ce qu’il peut y avoir d’imprévus. Ce métier, il faut le faire sérieusement !”. Les inconditionnels du cirque le savent : les Fratoches ne sont pas spécialement dans la lumière ! Ce ne sont pas eux que le public applaudit en premier lieu. “Ça me va très bien ! Et puis les applaudissements récompensent le spectacle et tous ceux qui y ont participé. Pas seulement les artistes”.

Alessandro a déjà décidé de son destin… tout tracé. S’il n’avait pas été un enfant de la balle, il se serait bien vu journaliste sportif. Fan de foot, de tennis, de basket et de boxe, qu’il a pratiquée pendant 3 ans. Il aime “la communication” et rien de ce qui se trame en coulisses du Cirque d’Hiver ne le laisse indifférent. “Je suis attiré par le travail de management et je me vois bien entreprendre des études d’économie après le bac. Le Cirque d’Hiver, ce n’est pas n’importe quoi ! Il faut bien s’en occuper et ne pas prendre ça à la légère ! Il faut passer par TOUS les postes, savoir tout faire, tout connaître. Je veux mériter ma place”. Les grandes familles circassiennes ont longtemps privilégié la piste aux étoiles aux bancs de l’école. “C’est vrai, mais c’était une autre époque. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Je pense que pour bien diriger un grand cirque, il faut s’armer et acquérir beaucoup de compétences. D’ailleurs, dans les jeunes de la famille, nous sommes trois à aimer l’école et à vouloir poursuivre nos études avec mes cousins, Francesco Jr et Dimitri.”

Tout sourire, la main sur le cœur, Alessandro conclut : “Faire vivre une salle de spectacle, quoi de plus important ? Ma mère, elle a de la chance, finalement ! Elle a tout : un fils artiste avec mon frère Valentino, et un autre qui veut poursuivre ses études pour se consacrer au management avec moi !”

Joseph Bouglione

Etre excellents et dingues à la fois !

Joseph Bouglione, c’est le Monsieur Plus du Cirque d’Hiver ! Non seulement, chaque saison, le directeur artistique tient ses promesses, mais il se surpasse. Cette surenchère est comme un jeu dont il sort vainqueur à chaque nouvelle création. “C’est normal, le public s’attend à être toujours plus surpris, toujours plus émerveillé. Il faut être à la hauteur de ce rendez-vous. Cette année, pour nous, n’est pas différente des autres. Cette année, nous sommes heureux de présenter des artistes triés sur le vole, dont la majeure partie vient d’Europe.” Le cirque, 2ème loisir des Français après le cinéma, ne saurait s’effacer. “Au contraire ! Nous avons un rôle important à jouer : être un point d’ancrage solide et immuable dans un paysage culturel bousculé…”. Comme toujours, le nouveau spectacle est placé sous le signe de l’excellence. “Avec, cette année, des prouesses dingues et de la grande technique. J’entends par là la haute technicité des artistes, précise Joseph. Le numéro de sangles aériennes d’Adèle Fame est parfaitement maîtrisé, tout comme celui de François Borie, unjongleur français doublé d’un vrai showman. Sergi Buka excelle dans l’art des ombres
chinoises et que dire de La roue de la Mort qui requiert un savoir-faire imparable ! Quant à Totti, c’est l’un des
rares clowns capables de faire se lever toute une salle et de la faire danser….”

Plus de magie, plus d’émotion, plus de performances, plus de rythme et une autre manière d’exploiter l’espace grâce à la nouvelle chorégraphe, Cécile Chaduteau. “Ensemble, nous avons fait un super casting. C’est une vraie pro, exigeante et excellente danseuse. Cela fait longtemps que j’avais envie de travailler avec elle !”

La saison s’annonce dingue, à bien des égards. “Dans notre métier, nous dépendons de tout et de tout le monde ! Cela ne nous décourage pas, cela ne fait que nous challenger ! Et croyez-moi, Dingue sera un bon cru ! Notre force, c’est notre passion et notre raison d’être votre fidélité”. À la question “Quoi de neuf ?” Louis Jouvet répondait : “Molière !”. Posez-là à Joseph Bouglione et il vous dira : “Le Cirque !”

Michel Palmer

On va vous rendre Dingues !

Décidément, les titres des spectacles du Cirque d’Hiver sont, sinon prémonitoires, en phase avec la réalité ! Défi, l’an dernier. “Rappelez-vous l’affiche de Laurent Melki, fait remarquer M. Loyal. Je me trouvais à la proue d’un bateau qui semblait affronter la tempête. Et quelle tempête, vous en conviendrez ! Entre les grèves à rallonge, les manifestations et le mouvement des gilets jaunes, nous avons été servis”. Pourtant, le challenge a été relevé haut la main. Cette saison, le spectacle s’appelle Dingue. “Là encore, le choix du titre se révèle très approprié, souligne Michel Palmer. La situation que nous avons tous connue dans le monde entier a été complètement dingue. Alors, soyons dingues à notre tour ! C’est le moment où jamais !”. Voilà ce que préconise le maître de cérémonie. Et on peut compter sur lui et sur Joseph Bouglione, le directeur artistique, pour mettre cette bonne résolution en pratique ! “M. Loyal, c’est une petite madeleine de Proust, au parfum si singulier, qui fait rimer insouciance, enfance, réminiscence, mais rien n’empêche de dépoussiérer ce personnage. Au contraire !” Il n’a qu’une envie : incarner un M. Loyal inattendu dans le geste, surprenant dans la parole, déroutant et déjanté dans le jeu et l’interaction avec les artistes en piste. Dingue, en quelque sorte. “Ce que nous trouvons le plus difficile à supporter, c’est la solitude. Sans le public, nous nous sentons seuls, vains, comme dépossédés… Mais rien ne s’est vraiment arrêté, poursuit Michel Palmer, les artistes ont continué à s’entraîner, à répéter pour être au top. La passion qui nous guide n’a jamais cessé de vibrer en nous”. Il tient absolument à rendre hommage à la famille Bouglione. “Eux aussi sont dingues, d’une certaine manière. Ils ne lâchent rien. Nous avons la chance de travailler pour des personnes qui jamais n’ont manqué de courage – petit clin d’œil au passage au titre du millésime 2006 Audace-!”

Pour retrouver les sentiments positifs, les plaisirs du partage et de la connivence, tout le Cirque d’Hiver Bouglione est dans les starting-blocks. “Un spectacle de cirque, c’est avant tout une ode à la joie. Nous, les gens de cirque, nous sommes là pour ça. Notre credo, notre profession de foi, c’est de vous servir, vous divertir, vous faire rire, vous émerveiller, vous surprendre, vous émouvoir et vous donner le grand frisson. Et en plus, cette année, nous allons vous rendre dingues !” Et Michel Palmer compte bien tenir sa promesse. “Nous donnons beaucoup et nous savons pourquoi nous donnons. Parce que vous nous le rendez au centuple. Plus que jamais, faisons place au Cirque !”

Louis-Sampion Bouglione

Le porteur d’Histoire(s)

Fils du patriarche Émilien Bouglione, Louis-Sampion a de qui tenir. Comme son père, il s’intéresse, dès l’adolescence, à l’Histoire et aussi à celle de ses ancêtres et des prestigieux artistes qui ont foulé la piste du Cirque d’Hiver. Ce passionné a le don de faire rimer “collector” avec “trésor” ; il nous ouvre les portes d’une réserve qui recèle des pièces dignes d’un musée…

Nous avons voulu voir Vierzon et nous avons vu Vierzon… et nous avons bien fait ! Sur un site de 10 hectares, Louis-Sampion Bouglione nous accueille dans “la réserve” qui abrite des trésors par milliers, témoins des arts circassiens à travers les âges. “Ici, c’est mon univers, sourit-il, en nous faisant les honneurs des lieux ! Autrefois, c’était une usine de béton. Depuis 4 ans, la famille stocke tout son matériel dans des hangars, comme le chapiteau de la dernière tournée, des véhicules siglés Bouglione, neufs ou anciens, la caravane-école…” Deux bâtiments, respectivement de 400 et 300 m², ont été aménagés pour y entreposer archives, photos, objets et tout ce qui est ancien. Cela couvre les 80 dernières années sur 4 générations. L’idée, poursuit le maître d’œuvre, était de sortir absolument tout des malles et des cantines pour savoir exactement ce qu’elles contenaient. Pour ensuite regrouper les objets par thèmes, évaluer leur rareté, les situer dans un pays et une époque et les exposer dans les espaces dédiés avec éclairages et scénographie adéquates”. Avec deux personnes et un manitou, Louis-Sampion poursuit inexorablement sa tâche.  “Nous continuons de manipuler, déplacer, ranger, classer, nettoyer et de redécouvrir des tas de choses !”. Et bien sûr, au vu de ce patrimoine riche et foisonnant, les 700 m² ne sont pas suffisants ! Inutile d’interroger Louis-Sampion sur le nombre d’objets rassemblés sur le site de Vierzon. “Je serais bien incapable de vous dire combien il y a d’affiches qui, pour les plus anciennes, sont de véritables œuvres d’art, de tableaux, de photos d’époque encadrées ou non, de jouets, dessins, accessoires d’artistes, coupures de journaux, maquettes de camions et de chapiteaux, de livres, dont certains remontent à 1880, de costumes d’artistes, sans parler de toute la sellerie appartenant à mon père, à ma sœur Régina et à d’autres artistes venus chez nous”. Répertorier ce que contient le gigantesque dressing bigarré serait complètement dingue. “J’ai pris la mesure des quantités de vêtements stockés quand j’ai voulu les mettre sous housse et les suspendre, s’amuse-t-il. Je suis allé au supermarché du coin et j’ai mis quelques dizaines de cintres dans mon caddie. J’ai dû revenir plusieurs fois ! Je me suis alors rendu compte qu’il y avait au bas mot 1500 costumes de piste entreposés !”

Cet inventaire à la Prévert a des airs de symphonie inachevée ! “Beaucoup d’objets proviennent de notre famille mais des artistes nous ont offert leur chapeau, leur matériel de scène, leurs habits, un accessoire… Ils nous ont fait cadeau d’une partie de leur vie. Et ça continue”. Un travail de titan qui ne laisse aucun répit à l’historien de la famille toujours à l’affût d’une belle acquisition. Comme celle d’un objet improbable trouvé sur internet : un plan du Cirque d’Hiver, datant de 1920. “Si tout était rassemblé et parfaitement classé, j’irais chiner davantage d’objets pour agrandir la collection ! Comme je ne sais pas encore précisément ce que j’ai, je fais des économies. Cela me freine dans ma chasse aux trésors…” Freiné peut-être, mais pas démotivé ! La liste de ses envies est encore longue. “Si je trouvais le costume du trapéziste Léotard, qui a inventé la discipline, les aigles qui ornaient le Cirque d’Hiver à l’époque de Napoléon III ou une photo -si tant est qu’elle existe- de l’inauguration du Cirque d’Hiver prise à l’intérieur, je serais le plus heureux des hommes”. En attendant, il poursuit sa mission, comme le ferait un conservateur de musée. Le mot est lâché ! Un jour viendra où tous ces objets chargés d’histoire(s) seront exposés sur un même site et trouveront un écrin digne de ce nom : un musée. Il s’agira alors de regrouper les trésors savamment mis à l’honneur dans le musée privé des Bouglione, que Louis-Sampion a entièrement aménagé sur 200 m² dans l’enceinte du Cirque d’Hiver, et d’extraire les autres joyaux de Vierzon. “Pour le public, amateur et connaisseur. N’oublions pas que le cirque est le 2ème loisir préféré des Français ! Mais je pense aussi et surtout aux professionnels et aux artistes qui seraient heureux de cette légitime reconnaissance. Au même titre que les autres arts, le Cirque a sa place dans le patrimoine culturel français !”


L’histoire

“Le plus beau patrimoine est un nom révéré”

Victor Hugo

C’est un lieu chargé d’histoire (s). Le Duc de Morny donne l’autorisation de sa construction le 17 décembre 1851 et Jacques Ignace Hittorff, architecte du Cirque d’été et de la Gare du Nord, fait ériger l’édifice. Après 8 mois de travaux, il est là. Auguste et majestueux. Le Prince Louis Napoléon l’inaugure le 11 décembre 1852 et lui donne son nom. Le Cirque Napoléon se distingue par ses ornements intérieurs et extérieurs signés par de prestigieux peintres et sculpteurs dont Pradier, qui a exécuté des commandes officielles pour l’Arc de Triomphe de l’Étoile ou le tombeau de Napoléon aux Invalides… Le 12 novembre 1859, le Toulousain Jules Léotard y invente le trapèze volant. À la chute du Second Empire, le Cirque Napoléon est rebaptisé Cirque National puis Cirque d’Hiver, son identité définitive, emblématique et souveraine. Le 27 décembre 1907 Pathé investit les lieux, devenus Le Temple de l’Art Nouveau ; fauves et crocodiles n’existent plus que sur l’écran ! Mais en 1926, tout se joue quand Alexandre Bouglione découvre un stock d’affiches de Buffalo Bill datant du Wild Wild West Show de 1904. Il convainc son père de recréer un spectacle librement inspiré de l’épopée américaine : le Stade du capitaine Buffalo Bill. Un triomphe ! En 1923, à l’arrivée de Gaston Desprez, le bâtiment est entièrement restauré : les gradins en bois sont remplacés par des structures en béton, peintures et installations électriques et techniques sont refaites. Les Fratellini deviennent les directeurs artistiques. En 30 jours, une piscine est construite sous la piste et Mistinguett l’inaugure ! Endetté, Desprez vend le Cirque d’Hiver aux 4 frères Bouglione qui l’investissent le 28 octobre 1934. Le nom de Bouglione, indissociable du Cirque d’Hiver, ne cessera de rayonner sur Paris et le monde entier. La preuve : les caméras d’Hollywood tourneront, en 1955, un film d’anthologie Trapèze avec Gina Lollobrigida, Tony Curtis et Burt Lancaster. Avec la célèbre émission La Piste aux Étoiles, le Cirque d’Hiver Bouglione s’invitera dans tous les foyers. En 1999, la nouvelle génération Bouglione insuffle au Cirque d’Hiver un vent de renouveau, renouant avec les succès. La suite, on la connaît : Des spectacles plus mirifiques les uns que les autres : Salto, Voltige, Bravo, Audace, Artistes, Étoiles, Festif, Prestige, Virtuose, Éclat, Phénoménal, Géant, Défi…