Mateo et Aelia

Se produire au Cirque d’Hiver ? C’est un honneur !

Sur la piste et dans la vie, Matéo Turbelin et Aélia Savary forment un duo rayonnant. Après La France a un incroyable talent, le Cirque de Demain et deux prix prestigieux, les voilà au Cirque d’Hiver, « un aboutissement ». Leur numéro inédit, flamboyant de créativité et de poésie, mêle -presque- toutes les disciplines… Faisons connaissance avec ces tout jeunes artistes passionnés depuis leur plus tendre enfance !

Vous voyagez beaucoup, au gré des contrats, mais d’où venez-vous ?

Matéo : Je viens de Boulogne-sur-mer.
Aélia : Moi, je suis née à Berck-sur-mer et j’ai grandi du côté de Montreuil-sur-mer.

Votre enfance a-t-elle été rythmée par l’amour du cirque ?

M : Mes parents m’ont emmené à Paris au Cirque d’Hiver quand j’avais 8 ans puis à 12 ans… Je m’en souviens très bien !
A : Moi, j’étais plus branchée danse. Le cabaret Le Moulin Rouge m’a toujours fait rêver, même si je ne me suis jamais dit qu’un jour je pourrais y jouer. Le film du même nom a bercé ma jeunesse.

Mais les arts en général vous faisaient vibrer l’un et l’autre !

M : J’ai toujours été passionné par l’art plastique. Enfant, ça a été ma première flamme. J’adorais dessiner, peindre et, forcément, je voulais en faire mon métier. J’ai commencé les « Beaux-Arts » à 4 ans, et ce, jusqu’à mes 16 ans. Il s’agit d’un cursus proposé par l’école municipale de Boulogne-sur-mer à raison de 3-4 cours hebdomadaires. Ensuite, j’ai intégré l’ESAAT, à Roubaix ; j’y suis resté jusqu’à mes 18 ans.
A: Ma mère m’a inscrite au cours de danse l’année de mes 4 ans ; j’ai été longtemps danse classique à fond, tout en considérant cette discipline comme une passion. Je ne me voyais pas devenir danseuse. Petite, j’avais plein d’envies ; je m’éparpillais un peu et j’avais du mal à choisir entre réaliser des films, prendre des photos, faire des dessins, devenir archéologue… J’aimais bien travailler de mes mains, toucher à tout. Ce qui m’a conduite tout naturellement à fréquenter cette école d’art.

Lieu d’une rencontre qui a changé vos vies professionnelle et privée !

M : Eh oui. On avait 15-16 ans, on était en seconde et on préparait un bac technique d’art. En fait, nous nous connaissons depuis 8 ans, sommes en couple depuis 4 ans et nous nous sommes installés ensemble à Pantin il y a quelques mois !
A : À l’époque, je me préparais à être scénographe. On est vite devenus amis grâce à nos goûts artistiques communs.

Et le diabolo s’est imposé…

M : C’est vrai, ce loisir me prenait beaucoup de temps. Je le pratiquais dans la cour de l’école, en autodidacte, comme un hobby qui me plaisait de plus en plus. Mon prof de dessin m’a d’ailleurs encouragé. C’est à ce moment-là où j’ai développé ma technique. Cela a été une passerelle. Je me disais que, si jamais je ne parvenais pas à m’imposer comme artisan, créateur ou décorateur, métiers auxquels me préparaient mes études, je pourrais toujours me produire dans la rue. Je voyais un peu le diabolo comme une porte de secours. En fait, l’ESAAT nous a structurés dans notre manière de travailler et cela nous aide aujourd’hui pour créer nos numéros.
A : Pendant très longtemps, j’ai regardé Matéo faire du diabolo et puis je lui ai donné des conseils pour la position de ses doigts, ses mains… Après, on a commencé à danser ensemble. On improvisait sur de la musique, entre les cours.

Votre numéro époustouflant permet de conjuguer jonglerie, acting, danse… Comment a-t-il été conçu ?

M : Moi, passionné de diabolo, Aélia, passionnée par la danse. Tout ça a fusionné naturellement quand Aélia m’a dit : « Ce serait bien si tu insérais un peu de mouvement. A ce moment précis, tu tends tes poings, tu tournes la tête, etc. pour venir mettre en valeur la figure ».
A : On s’est mutuellement chorégraphiés. Et quand on a eu l’occasion de fabriquer un numéro de 5 minutes -on avait une commande- on s’est posés et on a écrit le spectacle comme n’importe quel auteur.

Pourquoi le choix de « Ces gens-là » Jacques Brel ?

M : Pour l’interprétation de l’artiste, sa puissance vocale et expressive. On a tout de suite perçu l’intensité que cela pouvait apporter à notre numéro. Choisir Brel a développé naturellement notre acting. J’ai toujours aimé ça et Matéo aussi.
A : On s’est fait connaître grâce à ce numéro !

Et vous avez voulu ajouter de l’aérien !

A : L’idée a jailli dans un restaurant. Il nous fallait un final qui claque ! Et puis dans la symbolique de l’histoire que raconte notre numéro, c’était une évidence d’intégrer de la légèreté. On s’est demandé qui allait assurer cette figure ! On a décidé que ce serait moi. Pour que je puisse m’envoler, j’ai dû m’entraîner de manière intensive.

Vous vous complétez, entre vos points forts et vos points faibles respectifs ?

M : En termes de création, je pense qu’on s’entraide constamment tout en essayant de ne pas trop s’imposer. C’est tellement simple de s’emballer, d’avoir une idée qui va me sembler un éclair de génie, mais pas forcément pour ma partenaire. Toi, Aélia, tu repères chaque détail qui peut changer toute intention. Tu t’impliques dans les lumières, la création musicale, en créant toutes les musiques.
A : Toi, tu vois davantage la structure globale. Cela ne nous empêche pas de stresser tous les deux ! Moi, à cause des voyages, de la fatigue, de l’organisation… Toi, juste avant d’entrer en scène.

Au départ, vous vous destiniez au Cirque ? au cabaret ?

M : On n’en avait pas la moindre idée ! On a débuté par le spectacle de rue, on jouait au chapeau (NDLR : une quête est réalisée parmi le public à l’issue du spectacle) à Châtelet. On faisait des cercles tous les week-ends et de fil en aiguille, on a créé un numéro, on a décroché un premier contrat. C’est la meilleure école. C’est vraiment ce qui nous a formés au spectacle. Parfois, je me produisais en solo, parfois avec une violoniste, un jongleur… Et quelques fois avec Aélia.
A : À un moment, je me suis dit : « Je vais faire du spectacle de rue, ce sera mon job de l’été ! ».

Et La France a un Incroyable Talent vous repère, Matéo !

M : Une femme chargée du casting m’a vu jouer dans la rue et m’a proposé de participer à l’émission en 2021. C’est ce qui m’a lancé, ce qui nous a lancés. Aller jusqu’en finale de l’émission n’a pas été anodin ; nous avons été contactés par la suite pour des événements, des galas…

Tout vous sourit. Votre passage par Le Cirque de Demain a été déterminant !

M : C’est ce qui nous a révélés au monde du cirque. C’était une grande première pour nous, on a pu montrer notre travail. Le fait que ce soit diffusé sur Arte pendant un an nous a donné une immense visibilité ! Sans parler des récompenses décernées au 43e Festival mondial du Cirque de Demain : le Prix du Moulin Rouge et le Prix spécial du Jury.
A : Oui, mais on n’a jamais été autant stressés de notre vie. J’ai cru que j’allais m’évanouir avant de monter sur scène. Face aux autres artistes, je me demandais ce que je faisais là, je ne me sentais pas légitime.

Vos familles respectives n’ont pas trop grincé des dents face à vos choix ?

A : Mes parents, enseignants, m’ont toujours laissée libre de faire ce que je voulais, mais c’est vrai qu’ils ne comprenaient pas grand-chose au monde du spectacle !

Même chose pour Mathéo ?

M : Pas du tout ! Mes deux parents sont enseignants et ils ont tout de suite ressenti mon intérêt profond pour l’art et que le général n’allait pas me convenir. Au moment d’arrêter les études, pour faire du spectacle de rue, ça a été compliqué, surtout pour les grands-parents. Mes parents ont eu un peu peur, mais ils étaient heureux pour moi. 

Avec ce beau parcours, ils sont désormais rassurés ?

A : Ah oui, ils sont fiers ! Quand les membres de ma famille sont sortis du Moulin Rouge, où nous nous produisons, je ne les avais jamais vus avec des étoiles dans les yeux à ce point-là. C’était beau !
M : Bien sûr ! Le Moulin Rouge a tout changé. C’était une expérience d’une réelle intensité. Mon frère aîné est professeur d’histoire mais on jongle ensemble. Il adore ça. À la fin de l’année, il a même montré nos vidéos à ses élèves.

Et avec le Cirque d’hiver, c’est l’apothéose !

M : C’est une réelle responsabilité de se produire dans ce lieu mythique. Un aboutissement. Les répétitions de Volte commencent le 1er octobre, le jour de mon anniversaire ! C’est un signe, non ?
A : Je n’aurais jamais imaginé me produire dans ce qui s’impose comme le plus beau cirque du monde. C’est un honneur !