Guillaume Juncar

J'ai eu un coup de foudre pour la roue Cyr !
Fils d’un universitaire, Guillaume Juncar, BAC S en poche, aurait pu devenir paléontologue. Mais la fibre artistique est la plus forte et, après avoir intégré l’Académie Fratellini, son cœur ne bat plus que pour le Cirque. Événementiel, cabarets, galas… lui permettent de peaufiner son art de la roue Cyr ; il réinvente un langage pour explorer cette discipline contemporaine grâce à ses talents de gymnaste, de danseur, de comédien.
Guillaume, vous n’êtes pas un enfant de la balle !
Pas vraiment, non. Ma mère travaillait dans une crèche avant de se consacrer entièrement à sa famille -j’ai une sœur aînée et un frère cadet. Quant à mon père, c’est un scientifique ; il est chercheur et prof d’université.
Vous n’avez pas dû être encouragé dans cette voie, alors !
Détrompez-vous ! Comme tous les parents, les miens étaient un peu inquiets, surtout ma mère, mais ils ont eu l’élégance de ne jamais me faire de reproches et de ne pas contrarier ma fibre artistique.
Comment s’est-elle manifestée ?
J’étais très attiré par le sport, la gymnastique aux agrès, notamment. J’ai commencé à 7 ans et j’ai participé à beaucoup de compétitions. Nous n’étions pas les meilleurs, mais nous allions aux Nationaux ! Et ça suffisait au bonheur de notre jeune équipe ! Notre coach insistait sur le plaisir et pas seulement la gagne. D’ailleurs, nous n’avons jamais gagné !
Et le cirque, cela vous était familier ?
Je n’y connaissais pas grand-chose, hormis les noms des familles prestigieuses : Pinder, Zavatta, Bouglione…
Vous n’avez jamais eu la vocation pour intégrer cet univers ?
Faut croire que si ! Mais des vocations, j’en ai eu plusieurs ! Je suis passé par plein d’étapes. Dans la famille, tout le monde se souvient de cette anecdote. A 4 ou 5 ans, j’avais posé une devinette : « Quand je serai grand, j’aurai une grande famille… j’aurai plein d’enfants mais ce ne seront pas les miens… » Devant mes parents perplexes, j’ai annoncé fièrement que je voulais être clown ! Peu après, je me suis passionné pour les dinosaures, comme beaucoup de petits garçons de mon âge. Quand Jurassic Park est sorti au cinéma, j’avais 8 ans. Ce film m’a marqué au point d’envisager une carrière de paléontologue.
Beaucoup de sport, mais le goût pour la comédie et la scène était déjà là !
Nous partagions ce goût avec mon père et ma sœur ; nous adorions regarder Les Inconnus et Michel Courtemanche, mime canadien que j’imitais en reprenant ses mimes de l’haltérophile ou du golfeur. En colo, à la fin du séjour, je ne me faisais pas prier pour interpréter quelques sketchs. J’aimais bien ce côté spectacle. Je me souviens aussi d’une kermesse qui avait pour thème le cirque. Je m’étais maquillé en clown ; je m’étais beaucoup amusé à exécuter des saltos, fort de mes 7 heures de gym hebdomadaires, et à jongler un peu. Puis, en CM1 ou en CM2, pour célébrer la fin de l’année scolaire, nous avions joué l’intro du film West Side Story. J’ai adoré !
Clown, gymnaste, jongleur…
Mes parents m’ont acheté des diabolos, des balles de jonglage ; je me suis entraîné dans le jardin familial mais pas dans le but d’en faire un métier. Puis au lycée, je m’inscris à l’atelier de théâtre, comme ma sœur l’avait fait avant moi dans ce même établissement.
De fil en aiguille, vous savez que vous serez… artiste !
Oui, j’ai eu un vrai flash en visionnant une vidéo du Cirque du Soleil. C’était ça et rien d’autre… Se sont enchaînées des années d’apprentissage… Et à nouveau un choc en voyant l’un de leurs numéros ; j’ai eu un coup de foudre pour la roue Cyr !
Qu’est-ce qui vous a plu ?
Le principe d’un agrès complètement épuré. On glisse sur le sol comme sur des patins à glace, ça respire, c’est gracieux. Je le trouve aéré pour ne pas dire aérien.
En septembre 2007, vous intégrez l’Académie Fratellini !
Quand je l’annonce à ma mère, elle n’ose pas y croire ! Moi non plus et j’ai tout à apprendre. La discipline est récente et pas ou peu de profs l’enseignent. Heureusement, des artistes de l’équipe pédagogique Fratellini m’ont transmis leur savoir-faire, prodigué de très bons conseils. Merci à Sacha, de l’Académie, qui maîtrise parfaitement la biomécanique du corps. Il m’a beaucoup apporté.
On fait fabriquer VOTRE roue !
Oui, chez Fratellini, on m’avait fait une simple barre d’acier sur mesure car la roue Cyr doit être proportionnelle à la taille de l’artiste. Aujourd’hui, elles sont faites en alu avec un revêtement qui favorise l’adhérence. Les roues n’existent pas dans le commerce, ce qui explique leur coût : 500 € pour les moins onéreuses. Les miennes valent en moyenne 800 € ; je les fais venir du Canada.
Aujourd’hui, Guillaume, c’est « jamais sans ma roue » !
Oui, c’est ma partenaire. Elle ne me quitte pas ; Elle est pliée dans son fourreau et elle intrigue beaucoup les gens ! On ne risque pas de me la voler, elle pèse tout de même 14 kg !
J’en possède plusieurs : une pour l’entraînement, une pour l’extérieur, sur de l’asphalte par exemple, que je peux « maltraiter » et une plus belle pour les galas et puis une de rechange.
Ce sera votre première fois au Cirque d’Hiver !
C’est magique, c’est le Graal ! Si on m’avait dit ça, enfant, quand je regardais La Piste aux Étoiles…