Breakdance Crew

Le breaking, c'est un art pur et un formidable outil de connexion
Tout se joue dans l’enfance. Entre hasard et évidence. Cette opportunité de devenir breaker naît souvent d’un modèle ; Michael Jackson en fait largement partie. Et puis, la pratique se développe pour acquérir des compétences qui montent en puissance. Parfois, elle permet d’accéder à un statut de pro et même à une reconnaissance internationale. Car, non, le break ne se résume pas à des petits gars de banlieue qui tournent comme des toupies sur le bitume. « C’est un art pur », confient d’une seule voix les 5 artistes.
Matéo, le benjamin de la bande, qui totalise 16 ans de breakdance, partage la philosophie de son aîné, Yung : « On ne cherche pas forcément le niveau mais surtout le côté humain et les valeurs ». Même si, bien sûr, précise Yung, la technicité est une base qui, une fois, maîtrisée, nous permet de nous exprimer en toute liberté ». Pour Diego, « le breakdance est un outil formidable pour toucher tout type de personnes : riches, pauvres, noires, blanches, européennes, asiatiques, brésiliennes, etc. auxquelles on n’aurait jamais eu accès. Si je devais résumer, je dirais que cette culture est avant tout un moyen d’expression. Quand je rencontre un danseur et que j’ai envie de communiquer avec lui, je ne lui dis pas : « Salut, comment tu t’appelles ? », je me positionne dans un cercle, je me mets à danser devant lui en le regardant dans les yeux. Et s’il en a envie, on engage la conversation ! ».
L’aventure de ces 5 breakers a commencé à la faveur de belles rencontres. « Cela s’est fait via Breakdance Crew, créé par Tony fin des années 90/début des années 2000, explique Rémi. Ce danseur est une référence ! À l’époque, j’étais élève puis je suis devenu enseignant. Parmi mes professeurs dans l’équipe, Yung, qui m’a donné pas mal de conseils. Il a été un de mes mentors. On se connaît tous de près ou de loin dans le break ». La connexion se fait naturellement ! Justement, enchaîne Yung : « Le break, c’est le même langage, la même culture, les mêmes références, d’où que l’on vienne. Il n’y a pas de règles, mais des codes ». Les copains corroborent. Aucune barrière religieuse, sociale ou de couleur de peau. Et surtout un gage d’authenticité, de vérité. La danse serait le reflet d’une personnalité. Sans tricherie ni faux-semblant. Montre-moi comment tu danses et je te dirais qui tu es, pourrait être la devise du breaker. Pour Rémi, « la danse apporte de l’épanouissement et crée des espaces de rencontres. On apprend à connaître les autres et, par extension, à se connaître soi-même, physiquement et psychologiquement, et à ne pas se cacher derrière un personnage ». Pour Diego, « le breakdance est ma manière de regarder les choses. Historiquement, le break est considéré comme une danse, qui intègre des connaissances multiples. A mon avis, cette culture s’est construite pour aider à éduquer, développer et connecter les êtres humains entre eux ». « Du street art au sens propre du terme, reprend Jesus. Des Latinos, des Africains, des Américains se sont regroupés dans les rues et ils ont commencé à esquisser des gestes pour éviter les confrontations, les bagarres à coups de couteau et tout contact physique ». J’ai découvert cette danse dans mon quartier, à travers mes amis ; on dansait sur des cartons. Puis on a commencé à s’entraîner dans les écoles primaires, on poussait tous les pupitres pour créer notre propre espace ».
Le break se distingue par son infinie richesse. Une sorte de melting pot de nombreuses disciplines. « À partir de mes 12 ans, explique Diego, j’ai appris toutes les danses qui font partie du hip-hop, autrement dit hip-hop, breaking, popping, locking, house, krump, litefeet, etc. Et un peu d’acrobaties ». Jesus, lui, se rappelle avoir beaucoup joué au basket, tout petit. « Je mélangeais aussi ce qu’on appelle le freestyle basket, des figures avec la balle de basket. Je suis aussi familier du skateboarding, des arts martiaux, du ninjutsu… Comme le souligne Yung, « à chacun son art. Pour certains, c’est la danse. Pour d’autres, la musique. Pour d’autres encore, la peinture. Je pense que l’on peut s’appeler « artiste » à partir du moment où l’on parvient à être en harmonie avec sa personnalité ».
À les regarder exécuter leurs figures, on comprend vite que danser ne suffit pas ! Ils exhibent un physique digne des plus grands acrobates ! D’ailleurs, sont-ils danseurs ? Acrobates ? Sportifs de haut niveau ? « Un peu tout à la fois, assurent-ils. On suit des entraînements physiques qui peuvent aller de 5 à 6 heures par jour ». « Quand j’utilise la musicalité et les acrobaties en même temps, cela me confère de la puissance », confie Jesus.
Mais, au fait, breakdance, break, breaking ? Jesus, le prof, se fait plus didactique quant à la terminologie à privilégier. « Le terme breakdance a été donné par les médias, parce qu’ils ne savaient pas ce que c’était. Le terme de base, c’est breaking ou break ». Et il nous précise la genèse de cette appellation. « Il faut savoir que le plus important dans le break, qui signifie « casser » en anglais, est de traduire la musique. C’est le point d’ancrage du break. On dansait sur les breaks des platines. À l’époque, les DJ, sur les vinyles, faisaient un break et la batterie prenait le relais. À partir de là, c’étaient des fêtes de quartier ; les gens étaient très pauvres et il n’y avait que ça à faire, se réunir, partager… ».
Forts de tous ces éléments, comment pourrions-nous bouder ce voyage en immersion dans un univers où toutes les tendances s’accordent, et où les valeurs et les cultures cohabitent et s’entremêlent !

